• Après le 27 juillet, comprendre...

    Theodorakis, Habermas, Varoufakis, Chevènement, Voltaire et Rousseau, Syriza, le PCF, Paris-Berlin, la privatisation et l'avenir de l'Europe...

    et surtout, surtout, lisons toujours greekcrisis de Panagiotis Grigoriou,  qui titre en ce moment: "Grèce-Europe occidentale, échanges et malentendus"

     

    Jean-Pierre Chevènement : «Si la Grèce sortait de l'euro, elle pourrait se redresser»

    Le 3 juillet, à la vielle du référendum, il accordait au Figaro un entretien publié le 7 août

    « Pour comprendre la nature profondément antidémocratique de l'actuelle construction européenne, il faut remonter des décennies en arrière au «système» Jean-Monnet, que l'on peut qualifier de «système de cliquets». L'Europe fonctionne par une suite de petits faits accomplis sur lesquels les citoyens ne peuvent plus revenir: on commence par le charbon et l'acier, puis par le marché commun, le droit communautaire, la réglementation de la concurrence, et enfin la monnaie unique pour arriver au «grand saut fédéral». Les peuples européens sont amenés à se dépouiller peu à peu de leur souveraineté sans en avoir réellement conscience. Petit à petit, ils se retrouvent piégés. Les dirigeants européens ont amené les peuples où ils ne voulaient pas aller sans leur poser franchement la question. »

     

    Le plan « B » de Varoufakis impliquait un système assez sophistiqué mais en réalité assez simple de système parallèle de paiements

    Par Jacques Sapir, le 3 août

     

    Varoufakis est un économiste, qui a été aux commandes, en première ligne ; ça ne court pas les rues.

    Longue interview de Yanis Varoufakis par Claudi Perez du journal El Pais, paru le 2 Août 2015, traduction en français relayée par Olivier Delorme

    Varoufakis fait le tour de l’ensemble des questions que nous nous posons depuis 6 mois et livre son pronostic.

    « …à propos de l'austérité et de l'allègement de la dette… La seule raison pour laquelle désormais ce n'est plus contestable, c'est parce que nous nous sommes battus pendant six mois… Désormais nous avons en Europe un débat qui ne concerne pas seulement la Grèce, mais tout le continent. » … « …nous avons perdu la bataille. Mais nous avons gagné la guerre en changeant l'objet du débat public. »

    « … cet accord n'a aucun avenir... On peut tromper le peuple et les marchés pendant un petit laps de temps, mais à la fin on ne peut pas les abuser pendant cinquante ans. Soit l'Europe change, et ce processus est remplacé par quelque chose de plus démocratique, et durable, et gérable et humaniste. Sinon l'Europe n'existera plus en tant qu'Union Monétaire. »

    « Schäuble veut contourner la Commission et créer quelque chose comme un commissaire au budget qui contrôlera les "règles" qui soumettent les budgets nationaux… En d'autres termes : transformer tous les pays en pays sous programme ! … Le plan Schäuble c'est de mettre la Troïka partout, à Madrid aussi, mais surtout... à Paris! »

    Yanis Varoufakis revient sur les divers épisodes de la guerre d’usure qu’il a vécue.

    Monde diplomatique août 2015

    Philippe Henri nous signale dans le Monde diplo du mois d'août, un dossier très nourri sur la situation en Grèce (« Le révélateur grec ») dont cet article fait partie.

     

    Olivier Delorme revient sur le « NON » du 5 juillet

    Le Non a été un vote de classe d'âges et un vote de classe. Le Oui est un vote de vieux riches. L'électorat se radicalise : la coupure du pays en deux s'approfondit, parce que la paupérisation s'étend. Ce qui reste de classes moyennes supérieures est en train de basculer : même le centre bourgeois d'Athènes a voté Non, de peu, mais majoritairement.

     

    Y a-t-il un vrai désaccord entre Paris et Berlin ?

    Par Romaric Godin | 03/08/2015, La Tribune

    Romaric Godin fait le point sur les intérêts politiques qui ont conditionné l’accord du 13 juillet.

    Il met en question le soi-disant désaccord entre Paris et Berlin, qui selon lui permettrait de préparer les esprits à une nouvelle évolution de la zone euro, renforçant la surveillance budgétaire et affaiblissant davantage encore l'autonomie budgétaire des pays membres.

    Mais, conclue-t-il : « … si la zone euro est encore plus intégrée, la marge de manœuvre française pourrait encore plus réduite. Ce qui fait dire à Yanis Varoufakis, dans sa dernière interview à El Pais, que « la destination finale de la troïka est Paris. » Le souvenir du 13 juillet 2015 risque alors de résonner amèrement aux oreilles françaises. »

     

    La mort par la dette!

    Michel Santi – 3 août

    Michel Santi est un financier franco-suisse, qui critique les excès de la finance tout en prônant une politique intensive de création monétaire et pour un interventionnisme accru de l'État.

    Ancien membre du World Economic Forum et de l'IFRI, Michel Santi est un membre fondateur de l'O.N.G. « Finance Watch ».

    Conclusion de son articler : « Grèce est-elle en état de mort cérébrale ? Qu’à cela ne tienne: l’Allemagne populiste et mercantile d’aujourd’hui maintient néanmoins la respiration artificielle à coup de plans de sauvetage inutiles. Une Grèce dans l’euro conduira fatalement à un affaiblissement supplémentaire de la monnaie unique qui profitera encore et toujours plus aux exportations allemandes. »

     

    Si je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire. Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau...

    Crise grecque : l’Europe kidnappée

    02 août 2015 |  Par christian salmon - mediapart

    Ce sont les moments historiques qui constituent l’Europe bien plus que les traités. Et la réponse de Bruxelles au "non" grec sorti des urnes le 5 juillet 2015 signe la faillite morale de l’Europe. L’euro est apparu non pas comme un instrument d’échange entre Européens, mais comme un totem au nom duquel on pouvait sacriier les peuples. Au-delà d’une crise financière, c’est un séisme politique.

    "Ce n’est pas la Grèce qui a été humiliée, c’est la fiction d’une Europe solidaire et démocratique."

    Télécharger « europe kidnap.pdf »

     

    Jeudi 30 juillet, le comité central de Syriza a décidé de la tenue d'un congrès extraordinaire du parti en septembre.

    Un congrès extraordinaire permettra à Alexis Tsipras de faire venir de nouveaux adhérents et de tabler sur le fort soutien populaire dont il bénéficie. Alors qu'un congrès ordinaire, rassemblant les mêmes participants qu'il y a deux ans, aurait favorisé l'aile gauche.

    Deux conceptions s’opposent : d’un côté, celle de Tsipras, qui vise à continuer à négocier avec les créanciers, pour avant tout rester dans la zone euro, et de l’autre, la vision défendue notamment, et de plus en plus fort, par Panayiotis Lafazanis, le chef du courant dissident de la plateforme de gauche, appelant, lui, à la rupture et à la sortie de la zone euro.

    Tsipras a déclaré:« ... il y a un autre point de vue, qui est respectable, qui est de ne pas accepter l'analyse du gouvernement et de penser qu'il existait une alternative aux premières heures du 13 juillet. » « Si c'est le cas, (...) alors je suggère que le parti organise un référendum sur cette question cruciale. »

    La Plateforme de Gauche réunira ses membres prochainement pour se déterminer face à la situation. L’idée d’un nouveau mouvement politique à gauche est à l'ordre du jour.

     

    Panagiotis Grigoriou, sur son blog du 31 juillet :

    « ... Míkis Theodorákis vient de publier un nouveau manifeste, aussitôt approuvé par de nombreuses autres personnalités en Grèce. Les mots sont bien pesés. Par son appel, il demande à “faire respecter toute la volonté du peuple grec, comme il s'est exprimé lors du référendum du 5 Juillet et ainsi, stopper l'avancée du mémorandum qui conduira à la destruction et à l'esclavage”.

    L'appel a fait valoir que “le programme des memoranda, mis en place depuis 2010, viole ouvertement la Constitution, tout comme il viole le droit européen et international. Il a également déjà causé le plus grand désastre économique et social en Europe (occidentale) depuis 1945. La Grèce, est ainsi utilisée comme un ‘rat de laboratoire’ pour tester en avant-première, les méthodes de destruction de l'État social et de la démocratie en Europe”.

    Míkis Theodorakis (et les autres signataires du texte) critiquent le gouvernement « pour avoir agi après le référendum comme si les Grecs avaient voté ‘OUI’, car, au lieu d'organiser la défense du pays, le gouvernement a au contraire, propagé au sein de la population le découragement, la peur et la panique. »

    « Les Grecs doivent donc s’organiser pour lutter directement, en aidant les plus faibles devant le spectre de la faim, devant la maladie, face à la misère pour ainsi soutenir ces personnes dans leur dignité, puis, afin de ne pas permettre la dislocation finale de l’État et de la société, comme le prévoit ce troisième mémorandum, en préservant si possible les fonctions leurs fonctions les plus fondamentales, et donc résister face aux nouvelles mesures imposées. »

    « Les Grecs doivent tirer toutes les conclusions qui s’imposent après tant d’expériences douloureuses, mais finalement nécessaires, et alors former un front de résistance enfin sérieux pour ne plus faire confiance, par aveuglement, aux sauveurs improvisés, aux aventuriers ou aux opportunistes. »

    Ce texte fait suite à, et est en cohérence avec, deux autre prises de position récentes de Theodorakis, consultables en français sur son site officiel :

    Anatomie du NON : la soumission et la résistance, du 13 juillet

    Et son appel du 10 juin, «à la création d’un nouveau mouvement EAM», Front National de Libération (grand mouvement de la Résistance lié au PC grec durant les années 1940).

    Par ailleurs, Theodorakis avait publié le 15 juin une lettre ouverte aux peuples d’Europe, « Les banques ramèneront le fascisme en Europe ! », dont on peut lire des extraits ici.

     

    Le site de SYRIZA PARIS publie aujourd'hui une interview de M MILOS, économiste, membre du comité central de SYRIZA.
    30 juillet 2015 | Par pascal gerin-roze
    « Pouvons-nous commencer à créer de nouvelles structures productives de prise de décision? Pouvons-nous remettre en service les entreprises et les usines qui sont restées fermées en raison de la crise? Allons-nous assister à l’émergence d’un mouvement à partir d’en bas, ce dont nous avons besoin aujourd’hui? Le vieux slogan «le peuple avant les profits» peut-il devenir une réalité concrète en Grèce? »
    « … je considère l’euro comme un faux problème. Je ne participe pas à des débats sur la devise parce qu’ils mettent de côté la question principale qui est comment renverser la stratégie de long terme des capitalistes grecs et européens en faveur de l’austérité. La question n’est pas tant récession versus croissance en général que celle de la redistribution des richesses, des revenus et des pouvoirs au profit de la classe laborieuse; en d’autres termes, une croissance pour la majorité sociale et non une croissance dans l’intérêt des profits. »

     

    A propos de l’analyse politique que fait le PCF sur les conséquences d’un Grexit.

    Le 28 juillet, Jacques Sapir analyse un document de travail à l’usage de ses cadres et militants sur les événements de Grèce, émanant de la direction du PCF du 17 juillet. Il y dénonce un discours qui falsifie en les dramatisant à outrance, les conséquences qu’aurait pu, que pourrait avoir, un Grexit – tout en concédant la justesse du rappel qui y est fait des événements jusqu’au 5 juillet, mais en passant sous silence les débats au sein de Syriza. En somme, un discours essentiellement idéologique qui relaie la ligne Tsipras.

     

    Habermas, à propos de l'indignité de l'attitude allemande

    dans un entretien à paraître ce jeudi 30 juillet dans L'Obs (annonce AFP):

    "... le gouvernement allemand est tombé dans un piège - le piège historique d'une position semi-hégémonique - dont l'Union européenne avait justement réussi à nous protéger jusqu'à maintenant", assure Jürgen Habermas, 86 ans, considéré comme le philosophe de la construction européenne.

    Dans un article qu'il signait dans le Monde du 26 juin, au moment même où Tsipras appelait les Grecs à dire NON, il analysait les tractations en cours depuis l'élection de janvier, et dénonçait l'incompétence et l'inconséquence de l'ensemble de la classe politique et médiatique, grècque incluse, article qu'il concluait ainsi: "Ce sont les citoyens, pas les banquiers, qui doivent avoir le dernier mot sur les questions touchant au destin européen. L’assoupissement post-démocratique de l’opinion publique est aussi dû au fait que la presse a basculé dans un journalisme d’encadrement, qui avance main dans la main avec la classe politique et se soucie du bien-être de ses clients."

     

    Panagiotis Grigoriou

    28 juillet

    Gauche hackeuse, bataille pour le contrôle de Syriza, Treuhand II : en attendant, "On prend le temps d’une petite sieste"

     

    La gauche perd sa fonction historique, il faut onstruire une large alliance de fronts de libération

    Stefano Fassina, Membre du Parlement italien, ancien ministre adjoint des Finances, le 27 juillet sur le blog de Varoufakis

    « Alexis Tsipras, Syriza et le peuple grec ont le mérite historique indéniable d'avoir arraché le voile de la rhétorique européiste et l'objectivité technique visant à couvrir la dynamique dans la zone euro. Nous voyons maintenant la politique de puissance et le conflit social entre l'aristocratie financière et les classes moyennes… »

    « Il nous faut admettre que dans la cage néo-libérale de l’Euro, la Gauche perd sa fonction historique et qu’elle est morte comme force servant la dignité et l’importance politique du travail ainsi que de la citoyenneté sociale en tant qu’instrument d’une démocratie réelle ». Il conclut ainsi : « Pour une désintégration, qui soit gérée, de la monnaie unique, nous devons construire une large alliance de fronts de libération nationale »

     

    Thierry de Troll nous alerte : Parmi les biens publics que la Grèce doit vendre, il y a les 14 aéroports régionaux les plus rentables du pays qui doivent être vendus à une firme allemande, Fraport.

    Enquête et révélations de la télévision allemande :

    Le maire de Corfou, Kostas Nikolouzos (120 000 habitants, 1 million de touristes par an, chiffre en augmentation) : « L’aéroport rapporte beaucoup d’argent, pourquoi devrait-on le céder ? Nous sommes en crise, n’est-ce pas ? Si on se prive des moyens de produire de la richesse dans ce pays pour relancer l’économie, comment fera-t-on ensuite ? ».

    Selon « l’accord » de colonisation européen, tout doit être bradé : la poste, les installations d’eau, les autoroutes, le réseau de gaz et d’électricité, les ports et les aéroports. Et donc, les 14 aéroports situés sur les îles les plus touristiques, Mykonos, Santorin, Kos, Corfou, etc.

    La firme allemande doit donner 1, 23 milliard d’euros et une taxe annuelle de 22,9 millions pour récupérer les 14 aéroports.

    Le ministre des infrastructures grec, Christos Spirtzis : « l’Etat grec doit vendre les 14 aéroports qui rapportent et les 30 autres aéroports qui ne font aucun profit doivent rester à sa charge. C’est un modèle qui ressemble à l’état des choses dans une colonie, pas dans un état membre de l’Union européenne ».

    D’après les chiffres de l’administration grecque, le nombre de vols via les 14 aéroports l’an passé a augmenté de 13,8%, le nombre de passagers a connu une augmentation de 19%. Un expert de la Lufthansa qualifie la transaction de « économiquement lucrative ».

    Mais on garde le meilleur pour la fin. S’agît-il vraiment d’une privatisation ? La société anonyme Fraport est une firme allemande mais surtout la majorité de ses parts est détenue par la ville de Francfort et la région de Hesse.

    Prof. Rudolf Hickel de l’Université de Brême : « ce qui va se produire est une changement de propriétaire - ce qui était propriété de l’Etat grec va pour ainsi dire devenir propriété de l’Etat allemand. Et à la fin, ce qui compte, c’est que les profits qui seront réalisés dans ces 14 aéroports financeront les services publics allemands ».

    Et que deviendra le petit milliard récolté pour la vente ? Il servira à rembourser la dette.

    Source http://www1.wdr.de/daserste/monitor/sendungen/milliarden-deals-mit-griechenland-100.html

    L'inventaire des soldes est sur le site du fonds de privatisation


  • Commentaires

    1
    Leroy
    Mercredi 5 Août 2015 à 15:02
    2
    Mercredi 5 Août 2015 à 17:28

    Merci Anne-Sophie, je lui ferai une intro et le remonterai dans la rubrique

    Roland



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