• du 15 au 17 juillet : mais qu'est-ce qu'on nous raconte ?

    Grèce politiqueGrèce politique

    Au cours de l’héroïque mise en œuvre du projet européen, l’un des peuples participants avait fait de grosses bêtises, et les avait honteusement cachées aux autres : gabegie, détournements de fonds, falsifications de comptes, emprunts non remboursables, et se retrouvait au bord du gouffre. Les autres avaient dû le sauver, à plusieurs reprises, contre sa propre volonté suicidaire, l’obliger à se remettre sur le droit chemin ; et maintenant qu’il s’est doté de dirigeants immatures et inconséquents, qui le manipulent, il faut en même temps raisonner ces apprentis-sorciers, supporter leurs impertinences, leurs menaces mêmes, anticiper leurs sabotages. La plupart des peuples en ont assez, on peut les comprendre. Quelques-uns, la France en tête, voient plus loin que le bout de leur nez, s’obstinent parce qu’il savent l’importance de la fraternité, et ressortent de cette épreuve grandis, encore plus à même de garantir le grand projet européen, face aux peuples qui font plus facilement valoir leurs propres intérêts.

    Je ne crois pas à cette histoire à dormir debout.
    Pour moi le projet européen est comme l’a décrit François Ruffin, Fakir éditions, dans « Faut-il faire sauter Bruxelles », une UE qui pousse à la baisse des salaires, au nom de la concurrence dans le cadre de la mondialisation, projet dénoncé d’emblée par Mendes France.
    La mauvaise aventure est en cours, et la Crise grecque n’en est qu’une péripétie, probablement cruciale. Hollande, en bon élève de Delors, ne fait que son job.

     

    « Le gouvernement grec, après avoir rangé sa défaite dans le temporaire, doit exploiter cette crise naissante au sein de la zone euro, mais avec fermeté et constance, et non pas comme en ce moment, à la manière d’un garçon sympathique. Ou, pour faire court : la lutte continue ». Quotidien des Rédacteurs” (Efsyn) du 16 juillet

     

    Tsipras : redoutable animal politique
    16 juillet 2015 |  Par Amélie Poinssot - Mediapart

    « En même temps qu'ils disaient massivement « non » dimanche 5 juillet, un sondage diffusé le même jour par les médias grecs indiquait qu'ils étaient 83 % à vouloir le maintien de la Grèce dans la zone euro. C'est sous cet angle qu'il faut comprendre la stratégie d'Alexis Tsipras : c'est un homme qui sent son peuple. »

    « Ce qui importe, surtout, c'est d'avoir vu le gouvernement Tsipras négocier jusqu'à la dernière ligne. C'est d'avoir vu le problème grec placé au centre de l'Europe. Et c'est d'avoir rejeté, fièrement et massivement, l'accord tel qu'il avait été concocté par les créanciers. »

    « Il ne voulait pas, non plus, offrir aux créanciers le cadeau de la chute de son gouvernement, à quelques mois d'élections en Espagne où Podemos a le vent en poupe. »

    « Alexis Tsipras sort gagnant de cette épreuve de force avec les institutions européennes. Un redoutable animal politique est né. Son courant s'impose définitivement sur le parti ; l'aile gauche est écartée ; il a le soutien de l'opposition sans être contraint de l'associer à son gouvernement. D'un point de vue politique, le recentrage de Syriza est définitivement affirmé. »

    lire une copie de l'article

     

    L'historien Oliver Delorme n'y va pas par quatre chemins

    "Comment un homme élu en janvier sur le thème de la dignité restaurée, de la fin de l’humiliation permanente infligée au peuple grec depuis 5 ans, de la rupture avec les mortifères politiques de déflation, de la préservation de ce que 5 ans de ces politiques criminelles ont épargné d’Etat social, de la restauration des droits qui appartiennent en principe aux principes de l’UE, mais dont l’UE a systématiquement organisé la destruction depuis 5 ans en Grèce, a-t-il pu se trahir aussi complètement et trahir ses électeurs ? ... huit jours après avoir été battue à plat de couture dans les urnes, l’opposition est – par la grâce de la capitulation de Tsipras –, victorieuse dans les faits"

    "Alors n’en doutons pas : ce qui s’est passé en Grèce ces jours-ci est un coup d’Etat, sans chars et sans police politique – pour l’instant, et il est vrai que les médias dominants sont sans doute plus efficaces pour le soutenir que la terreur policière. C’est un coup d’Etat organisé de Berlin et de Bruxelles, contre la Grèce, son peuple et la démocratie. C’est un coup d’Etat auquel a consenti le président de la République française et la représentation nationale qui s'est ainsi placée dans la lignée de celle qui vota les pleins pouvoirs à Pétain et de celle qui adopta le traité scélérat, copier-coller du traité repoussé par les Français par référendum."

    "Cette « séquence », comme écrivent aujourd’hui les chargés de propagande qui sont indûment appelés journalistes, aura permis au moins une chose : faire tomber les masques. Montrer le vrai visage de ce qu’il est convenu d’appeler « l’Europe » : la néodictature d’une oligarchie chargée d’imposer aux peuples qui n’en veulent pas la politique issue de l’idéologie qui donne sa substance aux traités européens."

    "Jean Monnet, agent d’influence américain ... et tous les pères fondateurs, ... à commencer par Robert Schuman, qui vota les pleins pouvoirs à Pétain ..., partagent cette idéologie de la compétence technocratique qui doit s’imposer à la souveraineté populaire."

    "Il n’y a pas, il n’y aura jamais, il ne peut pas y avoir d’autre Europe, d’Europe sociale, d’autre politique dans le cadre européen, parce que le cadre européen a précisément été conçu dès l’origine, et complété au fils des ans, pour servir à quoi il sert : empêcher une autre politique ."

    "[Tsipras] a incontestablement subi des pressions extraordinaires dont on saura peut-être un jour la nature ; je n’exclue ni les menaces de mort, de putsch, ou du genre : vous savez, si la Turquie vous attaque, nous ne pourrons la retenir."

     

    Cyniques ? Mais non ! (je commence à voir le mal partout)
    L’accord prévoit que les économies dans le secteur des dépenses militaires portent surtout sur les coûts de fonctionnement (salaires et volume du personnel) et non sur les achats d’armes !!!
    Vu dans 

     

    Panagiotis Grigoriou titre le 16 juillet : Ci-gît Syriza

    Il nous signale qu’un texte du Comité Central de SYRIZA (signé par 109 membres sur 201), appelle à l’unité de SYRIZA, et au respect des engagements adoptés avant les élections et lors du dernier congrès du parti ; en voici un extrait : “Le 12 juillet a eu lieu à Bruxelles un coup d'État. Il a prouvé que le but des dirigeants européens était l'extermination d'un peuple pour en faire un exemple, ce peuple avait songé à la poursuite d’un autre chemin, au-delà et en dehors du modèle néolibéral de l'austérité alors extrême. Un coup d'État donc dirigé directement contre toute conception de la démocratie et de la souveraineté populaire.” Le texte continue en dénonçant la soumission de gouvernement au chantage et à l’ultimatum des créanciers, demande une réunion immédiate du Comité central et appelle à la sauvegarde de l'unité du parti sur la base des engagements du congrès de SYRIZA de novembre dernier.

    Invité à la réunion plénière de la Plateforme de Gauche de SYRIZA, Panagiotis confirme que l’accord y a été qualifié d’anticonstitutionnel, de diktat, de viol de la volonté populaire exprimée lors du référendum et de la souveraineté nationale, et de solution finale. La Plateforme de gauche déclare qu’elle luttera contre cet accord jusqu’à son annulation, tout en restant au sein de Syriza. Sa feuille de route est d'aller vers la monnaie nationale, en utilisant les 22 milliards d’Euros de réserve de la Banque de Grèce pour payer les salaires et les pensions, et ainsi profiter de ce laps de temps pour imprimer la monnaie. Des échanges Yanis Varoufákis sont en cours. Costas Lapavítsas, économiste et député SYRIZA, dénonce certaines formulations et tournures de phrase comme ouvertement revanchardes et punitives, au-delà même de toute logique économique (même de type néocolonialiste).

    Panagiotis nous livre ensuite, et je partage avec lui ce sentiment, que la tragédie politique et personnelle d’Alexis Tsípras, a eu le grand mérite de faire bouger les lignes de l’Européisme, en Grèce, comme ailleurs.

    L’ethnologue Panagiotis termine son billet par : « La... Grrrrèce, toute la Grèce est en train de grincer des dents. Dans la rue, dans les cafés, les gens sont enflammés, agacés, amers et déterminés. Ils ne disposent pas d’autre arme que leur présence physique ou le vote, et cela, malgré la tromperie et malgré le coup d’État.
    Billet que l’historien qu’il est également avait commencé par « la poursuite du génocide économique et encore. Notre situation relève à la fois de la... troisième bataille d'Ypres [1915.C'est lors de ces combats que l'Armée allemande utilise pour la première fois des gaz de combats toxiques à grande échelle sur le Front de l'Ouest], de Montoire [L'entrevue de Montoire, le 24 octobre 1940 entre Pétain et Hitler, dans la voiture personnelle du Führer, établit le principe de la collaboration] et de Várkiza [Le traité de Varkiza, signé le 12 Février 1945, entre le ministre grec des Affaires étrangères et le secrétaire du Parti communiste de la Grèce (KKE), qui entre autre autres, décidait du désarmement de la résistance communiste grecque.]. »
    Lisez-le !

     

     Lisez le discours de Zoé Konstantopoulou, présidente du parlement grec, sur le projet soumis par le gouvernement aux créanciers le 11/07/2015

     

    ET SURTOUT ! Lisez le courrier de Zoe Konstantopoulou, Présidente du Parlement grec au Président du Parlement européen, Martin Schultz, le 13 juillet (Concernant l’engagement des Parlements à garantir le plein respect des procédures démocratiques et de la protection des droits humains dans l’Union Européenne à la lumière du récent référendum en Grèce)

     

    Varoufakis revient en détail sur les 5 mois au gouvernement, sur les négociations avec l'Eurogroupe, ses relations avec Tsipras, dans une interview accordée à la revue Newstatesman traduite par monica M. sur son blog Mediapart qu'on peut consulter en clair
    Voici ses dix remarques les plus cinglantes à propos de cet accord
    ainsi que la version intégrale de l'accord annotée par lui

     

    Sondage KAPA recherche pour tovima.gr réalisé le 13 juillet,
    qui me parait bien refléter l’état d’esprit que je perçois ici
    72% des grecs considèrent le nouvel accord comme nécessaire
    24,5% le jugent "plutôt positif", 27% "plutôt négatif", 16,1%, "négatif", 31% "ne sait pas »
    À la question «qui est à blâmer pour les mesures douloureuses contenues dans l’accord" : 48,7% ont répondu "les dirigeants européens", 44,7% «le gouvernement grec »
    70,1% considèrent que l'accord doit être voté par la Chambre, 25,3% qu’il ne doit pas être voté
    Si l’accord n’était pas adopté par la chambre, 64,5% pensent qu’il faut former un nouveau gouvernement, 31,2% qu’il faut procéder à des élections anticipées
    Si un nouveau gouvernement devait être formé, 68,1% pensent qu’Alexis Tsipras devrait être Premier ministre, 22,6% une autre personne
    Alexis Tsipras perçoit un pourcentage de 58,8% d'avis positifs et plutôt positifs, 40,7% plutôt négatifs et négatifs

     

    La dette grecque est « totalement non viable »,
    dans un rapport publié mardi 14 juillet mais dont les autorités européennes ont eu connaissance le 11 juillet
    Le Monde.fr | 15.07.2015 et La Libre Belgique - 15.07.2015
    « Elle ne peut être viable qu’« avec des mesures d’allégement », ce que le premier ministre Alexis Tsipras a demandé, mais que l’Allemagne a refusé. »
    « Le FMI soumet trois options aux Européens :
        La première consisterait à étendre de dix à trente ans le « délai de grâce » pendant lequel la Grèce n’aurait pas à rembourser sa dette aux Européens.
        La deuxième résiderait dans des « transferts annuels » de fonds à la Grèce.
        La troisième serait un « effacement de dette » pur et simple. »
    « Au-delà de la question de la dette, le FMI estime qu’une dégradation de la situation financière en Grèce pourrait requérir des « financements exceptionnels supplémentaires des Européens » au-delà des 85 milliards d’euros de trou budgétaire envisagé par Le FMI – 25 milliards de plus que dans sa précédente note, il y a deux semaines – et retenu, peu ou prou, par la zone euro dans son préaccord avec la Grèce. »

     

    Jacques Sapir récapitule la situation, avec des mots très simples http://russeurope.hypotheses.org/4120

    « … la crise est venue du fait que le nouveau gouvernement grec avait pour mission de dire : ce dont nous avons besoin est une réduction du poids de l’endettement grec mais … pas d’argent supplémentaire ! Si on nous fait cette réduction du poids de notre dette, nous pourrions en réalité payer ce que nous devons… sans demander de nouveau de l’argent aux pays européens. »

    « Angela Merkel a dit aux Allemands … : « Vous ne paierez pas de sommes supplémentaires pour la Grèce ! » Et… : « … les Grecs nous rembourseront en totalité ! » [mais]… la Grèce ne pourra rembourser la totalité de ce qu’elle doit. Et donc il va falloir que l’Allemagne comme la France, comme l’Italie accepte une certaine perte sur l’argent que nous avons prêté à la Grèce. Et puis, deuxièmement, il va falloir redonner de l’argent à la Grèce. Alors l’Allemagne a décidé, d’une certaine manière, de se battre pour expulser la Grèce de la zone euro ! »… « parce que si la Grèce est expulsée de la zone euro, l’Allemagne n’a plus à lui donner de l’argent puisque la Grèce ne fera plus partie de cette zone. »

    « Par contre, les dirigeants allemands, le ministre des finances ou la chancelière, savent très bien que si sortie il y a, la Grèce fera défaut sur sa dette. Ainsi donc l’Allemagne perdra une partie de l’argent qu’elle a prêté. Mais … Mme Merkel pourra toujours dire : « C’est la faute aux Grecs ! C’est eux qui ont fait défaut et ne veulent pas payer ! »

    « … du côté allemand, il y a cette espèce de constat : si la zone euro doit éclater on y survivra ! Mais François Hollande est l’enfant spirituel de Jacques Delors ! Il s’y oppose ! Alors même que pour la France, ou pour un pays comme l’Italie, il y aurait des avantages non négligeables à l’éclatement de cette zone euro ! »

    Lire aussi de Jacques Sapir: Leçons de la crise grecque sur l’Euro - L’Euro, c’est l’austérité - Les raisons d’un attachement irrationnel de la « gauche »

     

    La Grèce en pleine crise sanitaire: la lettre ouverte des médecins belges au premier ministre et à la ministre de la Santé belges

    Au moins 2,5 millions de Grecs vivent actuellement sous le seuil de pauvreté (1). En mars 2015, Eurostat évaluait le taux de chômage à 25,6%, et ce alors que les indemnités de chômage et la couverture maladie s’arrêtent au plus tard 12 mois après l’arrêt de l’activité. La pauvreté infantile est passée de 23% à 40,5% entre 2008 et 2012 (2). En 2014, 27,3% des Grecs vivaient dans des logements surpeuplés, 29,4% disaient ne plus pouvoir se chauffer pendant l’hiver et 57,9% des plus précarisés étaient contraints de repousser le paiement de factures de base (eau, électricité).

     

    Les caricatures après l'accord

    Grèce : la presse allemande inquiète de l'image de l'Allemagne qui résulte des négociations  Figaro - Les Echos


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