• En Grèce et en Europe : recompositions, fronts et nouvelles alliances

    A la lumière de la convulsion grecque : fronts et nouvelles alliances en Europe - déconstruire l’Euro pour sauver l’Union ou se libérer définitivement du carcan de l’Union ?

    du 20 août au 13 septembre 2015

    Ce que le traitement de la crise grecque a le mérite d'avoir étalé au grand jour : le cœur du projet européen est dès l’origine, et définitivement, « une UE qui pousse à la baisse des salaires, au nom de la concurrence dans le cadre de la mondialisation », comme l’a décrit François Ruffin, Fakir éditions, 2014, dans « Faut-il faire sauter Bruxelles ?»,

    Formulé ainsi, ce projet ne serait pas criminel, par les temps capitalistes qui courent ?
    Sauf que: sans même parler des intérêts particuliers éhontés qui se greffent sans plus aucun scrupule ni besoin de justification ou de perspective sociale, à chaque étape de ce projet : depuis la logique de gang qui a présidé à sa conception, jusqu’aux tentatives de surmonter les convulsions qui l’agitent périodiquement, cette structure piège définitivement toute politique autre que libérale, donc la démocratie elle-même.

    Ce projet est criminel. En douter, par pragmatisme, relève de la veulerie.

    S’il vous plait, lisez ce tout petit livre à 7€, qui est l'enquête rare d'un journaliste honnête.

    Souvenons-nous aujourd'hui, que ce projet a été dénoncé d’emblée, avec une lucidité époustouflante, par Mendes France, le 18 janvier 1957, dans son Discours contre le traité de Rome. « … le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté ou, tout au moins, tel qu’on nous le laisse connaître, est basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. » « L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

    Ce processus de dictat d’une politique monétaire, budgétaire, sociale, à un état, à une zone, prédit il y a 58 ans par Mendes France, en arrive avec le 3e plan grec, à ce qu’un pays européen soit véritablement assujetti par une puissance étrangère. Le traitement politique et médiatique de la crise grecque ces 6 derniers mois, et notamment en juin et juillet, laisse entrevoir le risque de transposition du traitement ainsi expérimenté à l’ensemble de la frange fragile de la zone, en cas de refus d’orthodoxie, tant que le climat largement dominant de « pragmatisme »-veulerie restera dominant.

    Un tel climat ne peut évoluer qu’en se dégradant encore, si les inévitables ressaisissements citoyens ne sont encadrés, fédérés, coordonnés et organisés. Est maintenant remise à l’ordre du jour la question des fronts de libération nationale ainsi que leurs articulations internationales.

    Front de libération signifie alliances au-delà des communautés idéologiques, justifiées par la considération de l’urgence de la réaction et l’impossibilité de sortie de l’impasse sans ces alliances. La « logique de front », telle qu’elle a été pour la dernière fois mise en œuvre il y a plus de 70 ans, doit alors être actualisée pour affronter les réalités.

     

    Après la démission de Tsipras et l’annonce de législatives anticipées le 20 septembre, les enjeux pour les grecs et la recomposition de l'échiquier politique, en Grèce.

    Et plus largement, les retombées politiques en Europe, de la gestion de la crise grecque par l'équipe Tsipras et les dirigeants de la zone euro, et la remise à l'ordre du jour de la logique de front de libération.

     

    Jacques Sapir fait soigneusement le tour de ces perspectives

    les 21, 23 et 27 août : "Réflexions sur la Grèce et l'Europe"  puis "Sur la logique des fronts" et "à nouveau sur les fronts"

    Frédéric Lordon l'interpelle sur la question très sensible du cadre des alliances, dans son blog du Diplo : restreintes aux "gauches" ou ouvertes aux souverainismes ? A quoi Sapir répond par « Inconséquences » en précisant le statut de la lutte contre l’Euro et la nécessité, au-delà d’alliances au sein d'arcs politiques, de coordonner les actions au sein d’un front à compatibilité minimale d’objectifs, en renonçant au sectarisme.

    La polémique entre Sapir et Lordon, éclairante sur les questions de l’impuissance sectaire des gauches radicales, et de son instrumentalisation complaisante de l’extrême droite, est bien exposée dans le très riche blog de Coma81, et billet de Lordon minutieusement décortiqué et réfuté par Alexande Tzara.

     

    En Grèce, «oser quitter la zone euro pour retrouver la liberté»

    Chat très intéressant avec Éric Dor, économiste à l’IESEG, l’université catholique de Lille. Sur lesite du Soir de Bruxelles, 21 août.

    La Grèce étant désormais une colonie économique européenne dépourvue d’autodéermination financière, Éric Dor considère que « Pour retrouver leur liberté les Grecs doivent oser quitter la zone euro…  Ils ne peuvent plus rêver de pouvoir à la fois rester dans la zone euro et échapper à un programme d’austérité excessive qui les maintient dans la dépression économique. C’est l’alternative clairement proposée par les créanciers. »

    « La structure économique du pays est telle que la Grèce n’aurait jamais dû rentrer dans la zone euro…  La récession va continuer à cause des nouvelles mesures d’austérité. Impossible donc d’encourager les investissements privés déjà au plus bas. »

    « Le résultat des élections est très incertain, maintenant que l'aile gauche de Syriza a annoncé ce matin qu'elle s'en séparait pour former un nouveau parti de gauche, Union Populaire. Il va donc y avoir un émiettement des voix critiques à l'égard de la politique d'austérité imposée depuis des années. »

     

    En Europe: une alliance de fronts de libération nationale pour déconstruire l’Euro

    Le 28 juillet, Panagiotis Grigoriou citait sur son blog Stefano Fassina, Membre du Parlement italien, ancien ministre adjoint des Finances. Il s’agissait d’un extrait, traduit par Panagiotis, d’une tribune du 27 juillet, que Fassina avait envoyée pour parution sur le blog de Varoufakis le 28. Ce texte est maintenant traduit intégralement par le comité Valmy.

    En introduction du texte, je rappelle l’extrait que j’avais choisi fin juillet :

    « Alexis Tsipras, Syriza et le peuple grec ont le mérite historique indéniable d'avoir arraché le voile de la rhétorique européiste et l'objectivité technique visant à couvrir la dynamique dans la zone euro. Nous voyons maintenant la politique de puissance et le conflit social entre l'aristocratie financière et les classes moyennes… »

    « Il nous faut admettre que dans la cage néo-libérale de l’Euro, la Gauche perd sa fonction historique et qu’elle est morte comme force servant la dignité et l’importance politique du travail ainsi que de la citoyenneté sociale en tant qu’instrument d’une démocratie réelle ».

    Il conclut ainsi : « Pour une désintégration gérée de la monnaie unique, nous devons construire une large alliance de fronts de libération nationale, à partir des zones euro de la périphérie méditerranéenne, composée de forces progressistes ouvertes à la coopération avec l’aile droite démocratique des partis souverainistes. Le temps disponible est de plus en plus court. »

     

    A la suite de sa traduction, le comité Valmy commente ainsi ce texte :

    « L’appel de Stéfano Fassina est pertinent. Mais il comporte ce qui nous paraît-être une ambiguïté majeure : il est contradictoire de préconiser la sortie de l’euro tout en prônant de "tenter de sauver l’Union Européenne". Il est illusoire de vouloir "sauver l’Union Européenne" ! Celle-ci n’est pas réformable, nous l’avons définie comme intrinsèquement perverse. Il est nécessaire d’en rejeter le carcan définitivement. Ensuite, les peuples libérés et les nations souveraines pourront construire, s’ils le jugent utile, des alliances dépourvues de volontés hégémoniques sur la base de l’égalité et de l’intérêt réciproque, peut-être à l’exemple des BRICS. »


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