• Les marins du mois d’octobre vos saluent !

        

    Compte-rendu : Henri

     

    Claude, Charles et Henri nous avons rejoint Roland le 2 octobre à Vollos ; point de chaleurs intempestives qui puissent amollir nos fermes résolutions ! Partis de Vollos nous affronterions le Meltem pour rejoindre les Cyclades Nord—les soutes étaient bien garnies de vivres et d’eau et surtout de vin et d’Ouzo ! Un malencontreux oubli dans une tavernas priva immédiatement Henri de son coupe-vent –quelle négligence !

    Les météorologues nous firent choisir le chenal du sud entre l’Attique et l’ile d’Eubée ; les vents se faisant attendre nous fîmes pas mal de moteur, entre coupé de passages à la voile ; à Vathudhi et Akhladi nous avons découvert la simplicité de s’amarrer à un corps mort pour la nuit ; nous avons pu chacun durant ces journées (et les suivantes également !) nous initier à tous les pôles d importance de la vie d’un bateau : mouillage, voilure, prise de ris, barre ; le soir bombance avec poulet poulpes légumes etc.

    Khalkidia nord : la vue du pont, moment chargé d’histoire au souvenir d’Aristote qui y perdit la vie en se jetant dans les flots de la passe et puis plus prosaïquement les terrasses élégantes dans lesquelles nous nous sommes précipités après avoir amarré Fulmar « along side » du quai ;quelques heures plus tard, la nuit tombée, ce fut à nous de passer dès que le pont fut relevé : ce fut rapide, nerveux - des équipiers somme toute réactifs - et déjà nous étions à la marina pour la nuit ; comme le ressentait Roland, « une page était tournée ! »

    L’équipage prenait forme et les individualités (fortes) le cédaient au collectif grâce entre autre au capitaine soucieux d’un enseignement rigoureux et de tous les instants ! Chacun avec son tempérament et ses connaissances découvraient les gestes adaptés mais aussi progressivement leurs sens pour la marche générale du bateau. On réalise qu’il n’y a pas de petit détail, mais on saisit en même temps comment se conçoit et se déroule une navigation.

    C’est le bateau à couple avec un vieux cargo rouillé à Scala Oropos que nous fîmes la connaissance de Mauro dont Roland nous avait déjà beaucoup parlé – ce fut très beau moment fait d’échanges sur tous les sujets possibles avec l’impression de correspondances entre les sujets d’intérêt des uns et des autres passant de l’économie à l’histoire des civilisations, à la problématique de l’Etat et du pouvoir des auteurs aimés, Pierre Clastre par exemple, et nous avons ressenti un instant tout en mangeant les poulpes à la galicienne cuisinés par Roland, le lien subtil entre navigation en Grèce, rencontres amicales et ouverture d’esprit !

    Le lendemain fut tout aussi remarquable ; entre Oropos et Verdonzia nous avons bénéficié de quelques heure de navigation entre bon plein et travers, à des maximum de 7,6 nœuds, les embruns, le bateau qui part au lof, mais la route respectée, et moi qui tenait le gouvernail je n’étais pas peu fier ! la journée n’était pas terminée car, en arrivant, le port était en cours de dragage, et la seule place disponible l’était « cul au quai » ! là Roland nous a impressionné, calme dès que sa décision était prise, amenant Fulmar en douceur à quai pendant que Charles déroulait le mouillage et Claude et moi-même fixions les amarres, sans même chuter à l’eau !

     

    La nuit au mouillage (ile de Rhinia)

    La lune s’est couchée, fraicheur sur le pont et soudain l’émerveillement des étoiles, du blanc et noir - Orion, les Pléiades, étincellent dans la nuit.

    L’éclairage très doux du fanal du cockpit,

    le navire tangue à peine, une lumière solitaire à terre.

    Et soudain surprise,

    les étoiles se reflètent

    dans l’eau, étale.

    Je me tenais là désarmé, ému de cette plénitude qui m’entourait

    avec un sentiment de gratitude

    d’être là les bras ballants,

    plein d’une émotion confuse

    bien difficile à nommer.

    J’ai également pensé à ce photographe japonais qui, à Arles exposait ses photos prises tout autour de la terre, la nuit, images de la jonction entre mer et ciel.

     

    Henri