• Front républicain ? On nous prend pour des cons ?

    Ceux qui se sont inscrits sur f-jlm2017 avant le premier tour, peuvent participer à http://f-i.jlm2017.fr/consultation_2nd_tour

    J’ai répondu à la consultation : blanc ou nul.

    Les résultats de cette consultation seront rendus publics le 2 mai. Ils établiront combien de soutiens de la candidature de la France insoumise voteront Macron, blanc ou nul, ou s'abstiendront.

    Jean Luc Mélenchon n'appellera pas à voter Macron, lui qui a écrit dans L’ère du peuple, en août 2014, à la page 12 :

     « … je ne voulais pas donner le sentiment que je marchandais les quatre millions de voix rassemblées sur mon nom. Je n’en avais ni le droit ni l’envie. Je me suis donc prononcé sans arrangements ni contreparties. On me le reproche à présent. Je le comprends. Je croyais qu’il resterait quelque chose de sa dénonciation du pouvoir de la finance, de sa tranche d’impôt à 75 %, de sa promesse de renégocier le traité budgétaire européen. Et ainsi de suite.

    Bref, je croyais qu’il resterait quelque chose de bon et que ce serait toujours ça de pris. C’était une erreur. Les Français n’ont eu droit à rien, pas même à la traditionnelle hausse du smic qui signale dans les foyers populaires le retour de la gauche au pouvoir. Rien ? Non : moins que rien. Car François Hollande a amplement et cruellement dépouillé les gens du commun de tout ce qui compte pour eux. Salaires, santé, retraites, services publics, protections du droit du travail, organisation républicaine de l’État, indépendance nationale et combien d’autres choses essentielles ont été davantage dévastés par Hollande que par aucun de ses prédécesseurs de droite. C’est pire que Sarkozy, la honte en plus pour nous car nous l’avons élu. »

     

    Front républicain ? En quoi ce front serait-il républicain ? Le risque Le Pen brandi, qui permet à la droite et au PS de se relayer pour imposer la même politique, et qui laissera les coudées franches au libéral déclaré Macron et à ses successeurs ? Jusqu’à ce que nous refusions ce chantage ?

    Il faut refuser ce chantage maintenant et préparer les législatives.

     

    Pour les insoumis qui ne l’ont pas lu, ou pour ceux qui hésitent à être insoumis, je vous prête L’ère du peuple, qui se termine ainsi :

    « En décembre 2012 se sont tenues à Paris les premières assises de l’écosocialisme. Elles réunissaient un très large panel d’intervenants et de penseurs sur ce thème. Un document de synthèse en est issu. Nous l’avons intitulé « Manifeste de l’écosocialisme ». Il a été traduit en douze langues et présenté en conférence dans une dizaine de capitales européennes et maghrébines. Il a donné lieu à l’installation d’un réseau européen d’organisations qui se sont retrouvées à trois reprises à Paris, Bruxelles et Londres pour s’accorder sur des actions communes. Ce travail est sans équivalent dans le monde. Il ne fait que commencer.

    Parvenu à la conclusion de ce livre, j’en reviens à ce texte dont j’ai été l’un des auteurs. Je n’en retiendrai ici que les quatre premières thèses sur un ensemble de dix-huit que contient ce document. Elles énoncent les principes qui organisent ce programme et sa vision du monde à construire.

    1. Le paradigme de l’intérêt général.

    Dans la réalité, avant toute idée humaine sur le sujet, l’être humain est partie intégrante de l’écosystème dans lequel il vit. Ils ne peuvent être dissociés. Or il n’y a qu’un seul écosystème global compatible avec la vie humaine. Dès lors, nous sommes tous semblables dans notre dépendance à lui. Ce fait s’impose à tous en dépit de nos différences de tous ordres. Il y a donc un intérêt général humain qui est lié à celui des autres espèces vivantes : préserver l’écosystème qui rend la vie humaine possible. Comment l’identifier sinon par la libre délibération collective ? Comment celle-ci pourrait-elle être libre si les uns dominent les autres, si des vérités révélées s’imposent au préalable ? La réponse appelle donc la démocratie, l’égalité sociale, la laïcité et le féminisme.

    Ce sont des conditions indispensables pour que le débat citoyen puisse avoir lieu sans intrusion de force oligarchique, dogmatique ou patriarcale. Enfin, dans la délibération pour déterminer l’intérêt général humain, chacun d’entre nous est appelé à dire non pas ce qui est bon pour lui mais ce qui est bon pour tous. Cela institue l’universalité des droits humains, la citoyenneté comme devoir et la République comme nécessité. Tel est le lien raisonné qui unit l’écologie politique et le projet de République sociale universelle. C’est cette théorie politique globale que nous nommons écosocialisme. Il s’agit d’un humanisme et d’un universalisme socialiste concrets.

    2. Une alternative concrète et radicale.

    L’écosocialisme n’est pas une utopie à laquelle le réel devrait se conformer. C’est la réponse humaine raisonnée à l’impasse dans laquelle est enfermée dorénavant l’humanité en raison des modes de production et de consommation de notre temps qui épuisent l’être humain et l’environnement. Elle appelle une pensée et une action politique radicales, au sens où elles doivent aller à la racine des causes. Nous combattons donc les deux moteurs du système actuel : le capitalisme et le productivisme. Le capitalisme impose la marchandisation pour faire de toute chose une nouvelle source de profit. Il est ainsi responsable du creusement des inégalités sociales et de la mondialisation à l’œuvre, libérale et liberticide, où règne le dumping social et environnemental avec la délocalisation des pollutions et des altérations de l’écosystème. Le productivisme épuise les ressources naturelles et perturbe le climat. L’idéologie consumériste est son corollaire. Elle élève l’accumulation matérielle au rang de loi à grands coups de publicité pour générer des besoins jamais rassasiés. Nous désignons les vrais coupables de ce système : l’oligarchie financière mondialisée, les gouvernements soumis aux lobbies des multinationales sans contrôle démocratique, les idéologues de la concurrence « libre et non faussée », du capitalisme vert et du libre-échange. Face à eux, l’écosocialisme est une alternative pour sortir de la crise et imposer l’intérêt général humain : partager les richesses sans attendre, fonder une nouvelle économie des besoins et de la sobriété, préserver le climat, l’écosystème et sa biodiversité.

    3. Une nouvelle synthèse politique à gauche.

    L’écosocialisme est un nouveau projet politique réalisant la synthèse d’une écologie nécessairement anticapitaliste et d’un socialisme débarrassé des logiques du productivisme. Il permet ainsi la jonction des grands courants de la gauche dans un nouveau concept politique. Nous avons besoin de ce projet de société alternatif au capitalisme. Il trace une ligne d’horizon dans la lutte pour une société d’émancipation et de progrès où le saccage de l’environnement et l’exploitation de l’homme par l’homme auront disparu. Notre projet écosocialiste prend en compte à la fois les besoins humains et les limites de la planète. Il repense l’utilité sociale de la production, nos manières de consommer, nos besoins réels, la finalité de nos produits et la manière de les créer.

    4. Le dépassement du socialisme.

    Le socialisme a toujours visé l’émancipation de la personne humaine. Elle passe par le partage de la richesse, la démocratisation du pouvoir et l’éducation globale de chaque femme et de chaque homme. Ce programme est toujours le nôtre. Mais nous savons dorénavant que l’émancipation ne peut être atteinte par la croissance sans fin : l’écosystème qui rend la vie humaine possible ne le permet pas. Ce constat oblige à définir un nouveau modèle de progrès en rupture avec le système capitaliste. Doivent être repensés non seulement le système de production et d’échange, mais aussi le contenu des productions et les modes de consommation ainsi que leur quantité. Cette approche implique par conséquent l’ensemble de l’organisation sociale et politique. Elle nous oblige à penser de façon nouvelle ce qu’est véritablement le progrès humain dans la perspective de la préservation de l’écosystème. Dans ces conditions, nous proposons un nouvel énoncé de la stratégie émancipatrice pour le futur de l’humanité. Cette nouvelle conscience et son programme d’action sont l’écosocialisme. Ses méthodes sont la radicalité concrète, la planification écologique et la révolution citoyenne. »

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  • Commentaires

    1
    Robert
    Mercredi 26 Avril 2017 à 13:46

    Front républicain ? On nous prend pour des cons ? Le titre que Roland donne à sa newsletter laisse supposer que ceux qui croient encore au Front républicain sont des cons. Donc soit je suis un con, soit Roland se trompe. Je pencherais bien sûr pour la deuxième hypothèse.

    Macron n’est pas mon candidat. J’ai voté Hamon au premier tour car il est le plus proche du projet de société que je défends, à savoir un socialisme anti-autoritaire par opposition à un socialisme tribunicien et autocrate. Je peux développer, mais ce n’est pas l’objet de ce courrier.

    Mon vote Macron du second tour n’est donc pas un vote d’adhésion. Moi non plus je ne crois pas aux politiques de l’offre et je souhaite vivement la construction (oui, c’est le terme que je retiens) d’un écosocialisme.

    Je veux juste « faire front » (pour reprendre une expression longuement débattue cet été sur Fulmar et que Roland pourra développer s’il le souhaite) contre le Front National.

    En effet, il n’y a que deux solutions après le 7 mai : soit Macron est président, soit le Pen est présidente. Voter blanc ou s’abstenir revient donc soit à accepter la deuxième solution, soit à laisser aux autres le soin de faire le « sale boulot » en votant Macron.

    Certes, la probabilité que le Pen passe est très faible. Et donc on peut sans trop de risque se défausser sur les autres pour faire le « sale boulot ». Mais le vote blanc ou l’abstention ont pour résultat d’accroître en pourcentage le vote Front National. Cet accroissement a plusieurs conséquences.

    Tout d’abord, il créerait une dynamique en faveur du FN pour les législatives. Ensuite et selon François Durpaire (historien spécialiste de l’extrême droite) une forte abstention est une des trois conditions qui laisse une petite chance à le Pen de l’emporter, les deux autres, non indépendantes de la première, résidant dans une valorisation habile des deux têtes de l’hydre FN : l’axe Philippot (rapprochement avec les électeurs qui rejettent l’Europe libérale et le mondialisation, donc impactant les électeurs de Mélenchon pour les pousser au moins vers l’abstention) et l’axe Marion Maréchal le Pen (minimiser les aspects économiques du programme de sa tante et maximiser les aspects identitaires, sécuritaires et anti-immigration, donc impactant les électeurs de Fillon). Extrait de Durpaire : « Pour résumer, si Marine le Pen, sur fond d’abstention élevée, parvient à convaincre à gauche sur l’économie et à droite sur l’identitaire, elle gagne, oui. »

    Pour terminer, donne-t-on un chèque en blanc à Macron en votant pour lui ? Non, bien sûr, et c’est ce qu’a rappelé Pierre Laurent du PC. Il faut bien sûr préciser le sens de ce vote, ce que j’essaie de faire ici. Mais la bonne question est plutôt : Macron tiendra-t-il moins compte de ceux qui sont contre son programme avec 60% des voix qu’avec 50% ? Vu les forces qui le soutiennent et la dynamique qu’il incarne, je ne le pense pas car ces dernières ne lui laisseront pas le choix. Quant à nous, il nous restera le travail politique et l’expression directe pour promouvoir nos idées et les faire entendre.

     

      • Mercredi 26 Avril 2017 à 17:29

        Mon cher Robert,

        Sauf que c’est le parti auquel le candidat pour lequel tu as voté (tu t'es trompé, mais  je sais que tu es un bon gars) appartient, et c’est le gouvernement qu’il a cautionné, qui ont encore accentué la montée du Front national.

        Et cela ne date pas d’hier.

        Jusqu’en 2001, je militais au PS, jusqu’à la déculottée du PS à la municipale de Strasbourg. En 2002 j’ai voté Besancenot puis Chirac la queue entre les jambes, pour cause de Front républicain.

        En 2007 j’ai voté Besancenot, puis Royal, encore la queue entre les jambes, pour cause de Front anti-Sarkosy.

        En 2012 j’ai voté Mélenchon, puis Hollande, encore la queue entre les jambes, encore pour cause de Front anti-Sarkosy.

        Et Chirac n’était pas pire de Hollande, ni que sera Macron. Et pendant tout ce temps, les politiques successives ont cautionné la financiarisation de l’économie, aggravé le chômage, produit les conditions de la crise, et ainsi celles de la montée du Front national.

        Jusqu’à quand va-t-on continuer comme cela ? Jusqu’à ce que le Front national soit assez fort pour se moquer de l’idée même d’un Front républicain ?

        Il serait finalement réconfortant de penser que les politiques, comme les dirigeants de l’économie, sont seulement corrompus et cyniques, et qu’ils sauront arrêter les frais quand ils verront qu’ils ont poussé le bouchon trop loin. Mais Jacques Généreux démontre dans « La déconomie », que c’est plus grave que cela, qu’ils sont incapables et délirants, et qu’ils pousseront le bouchon jusqu’à ce ça craque, jusqu’au bout en agitant le chiffon blanc « Front républicain ».

        Alors, s'il le faut vraiment, il vaut mieux que ça craque dès que possible, parce que plus on attend, plus les souffrances auront creusé leur sillon amer, et il sera de plus en plus difficile de sortir de l’ornière.

        Juste la démocratie, et on verra ce qui en sort.

        Ceux qui ont voté Hamon au premier tour, on ne les prend pas pour des cons... c'est  normal qu'ils aient le réflexe qu'il faut.

    2
    Robert
    Mercredi 26 Avril 2017 à 18:18

    Oh Roland, t'as juste oublié de m'ébouriffer les cheveux (enfin ce qui m'en reste) en disant que j'étais un bon gars... Bon, je n'apprécie pas trop la condescendance, comme tu peux t'en douter, mais passons...

    Je ne me suis pas trompé (d'ailleurs, je ne sais pas ce qui t'autorise à m'évaluer), je n'avais juste pas envie d'avoir Mélenchon comme président, après avoir scrupuleusement lu son programme et jaugé son personnage.

    A présent que Mélenchon a perdu, tu souhaites que ça craque, même si c'est la préférence nationale qui fait péter la machine. Moi pas. Et je ne connais pas un seul épisode de l'Histoire où un tel craquement, provoqué par de telles forces, a rendu les gens heureux. Et ça s'arrête là.

     

     

     

     

      • Mercredi 26 Avril 2017 à 19:14

        Tu disais dans ton premier commentaire « Donc soit je suis un con, soit Roland se trompe. Je pencherais bien sûr pour la deuxième hypothèse. » En te répondant que c’est toi qui t’es trompé, je n’ai donc pas renchéri.

        De plus, j’ai pris la précaution de dire que « Ceux qui ont voté Hamon au premier tour, on ne les prend pas pour des cons...» C’est vrai que le « c'est normal qu'ils aient le réflexe qu'il faut. » qui suit peut être interprété comme on veut (cf. vote Front républicain qui en résulterait).

        Condescendance ? Plutôt considération de naïveté, ou préfèrerais-tu d’intérêt de classe déguisé en naïveté ? (il y a nos valeur d'une part, et nos intérêts d'autre part, comment les conjugons-nous?)

        Et d’ailleurs tu n’as pas répondu sur la corrélation entre Front républicain à répétition et montée inéluctable du FN.

        Lis bien. Je ne souhaite pas que ça craque, mais je préfèrerais, s’il le fallait, que ça craque maintenant plutôt que plus tard, quand les forces seront plus incertaines pour y faire face, et que les forces honnies se soient encore affermies, quand on aura encore une fois, peut-être une fois de trop, cautionné, jusqu’à quand ? (c’est comme cela que fonctionne le chantage).

        Et cela n’a rien à voir avec « Mélenchon a perdu ». Il n’a pas perdu, il a gagné (nous avec lui) pour un nous à persister selon nos valeurs communes, dont les miennes et les tiennes. Et il est le seul actuellement à en être emblématique. Pour moi, cela ne s’arrête pas là.

      • Robert
        Mercredi 26 Avril 2017 à 19:47

        La carotte, le bâton et le mépris. Du Mélenchon pur jus. 

    3
    Robert
    Lundi 1er Mai 2017 à 12:25

    Une analyse non culpabilisante des enjeux du deuxième tour de la présidentielle par Edwy Plenel, directeur de Médiapart, ce matin sur France Inter.

    https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-01-mai-2017

    4
    Lundi 1er Mai 2017 à 13:47

    Bonjour Robert.

    J’ai écouté Edwy Plenel, je suis d’accord avec une bonne partie de ses constats, mais n’en tire pas les mêmes conclusions.

    Je sais que les politiques que le FN met en œuvre là où il est aux commandes, localement, est raciste et xénophobe, qu’il détruit systématiquement la vie associative et les contre-pouvoirs. Mais si le FN est antirépublicain, pourquoi se refuse-t-on de l’interdire ? Peut-être y a-t-il un intérêt à son existence. Que le FN puisse exister comme défouloir, participer au premier tour et accéder au second, passe encore, mais, soyons sérieux, en aucun cas risquer de remporter l’élection ! Une démocratie qui prend une forme de plus en plus circassienne.

    Le coup du front républicain, une fois tous les 50 ans, peut-être acceptable. Mais à 15 ans d’intervalle, avec le même parti ? Personne n’a trouvé le temps de l’interdire ? (et c’est sans compter 2007 et 2012, avec Nicolas Sarkozy qui en avait repris les mots et les idées.)

    Dans une démocratie, il est terriblement dangereux de dédouaner les politiques de leur responsabilité quant aux résultats de leur exercice. Ils disent ceci et font autre chose, puis on recommence avec d’autres qui font pareil. Et sans qu’ils ne soient sanctionnés, comme si une fois de plus on avait misé sur le mauvais cheval, vraiment pas de chance. Comment cela peut-il s’arrêter ?

    A l’issue d’un gouvernement de gauche qui a failli gravement, peser si lourdement pour faire élire le n’importe quoi sauf FN, c’est cautionner sous peine de risque de FN, une fois de plus, le mépris des espoirs que devrait porter la gauche, par un renforcement de la soumission aux déprédations sans fin du capitalisme financiarisé et ainsi renforcer encore le vote FN.

    Je laisse effectivement le sale boulot à ceux qui ont voté Hamon au premier tour : s’ils avaient un tant soit peu anticipé, nous ne serions pas devant l’indignité du vote Macron au second tour, pour éviter l’infamie d’un vote blanc, nul, ou d’une abstention.

      • Robert
        Lundi 1er Mai 2017 à 16:35

        Salut Roland,

        Content de constater qu'on peut reprendre sérieusement la discussion.

        Pour moi, le gros de notre divergence repose sur le sens à donner au fait de déposer un bulletin Macron dans l'urne dimanche (et non de voter pour Macron). Pour toi cela signifie cautionner la politique à venir et dédouaner les politiques passées, accepter ce jeu de dupes d'un front républicain propice à toutes les trahisons, prendre le risque d'exacerber la misère et les rancœurs et donc de faire encore plus monter le FN  ; pour moi c'est juste voter pour la préservation d'un espace démocratique, même imparfait, dans lequel il sera a minima possible d'exprimer notre désaccord et de lutter.

        Je pense que cet espace démocratique sera menacé si le FN arrive au pouvoir, car ce parti est parfaitement capable de triturer les institutions et les pare-feux démocratiques, dont la presse et la justice, par exemple à coups de plébiscites plus ou moins truqués ou de lois scélérates. Le FN, on sait quand il est arrive, on ne sait pas quand il part, ce qui au moins n'est pas le cas des gouvernements de l'arc républicain.

        Cette menace est-elle réelle ou fantasmée comme tu sembles le suggérer ? Eh bien je me suis livré à de rapides calculs et je trouve que le risque est réel avec un taux d’abstention-bulletins blancs/nuls supérieur ou égal à 50%. Il y a 48M d’inscrits. A 50% d’abstention-bulletins blancs/nuls, ça fait 24M d’exprimés. Donc, on gagne l’élection avec 12M de voix.

        Le Pen a eu 7.6M de voix au premier tour, Fillon 7,2M, Mélenchon 7M, Dupont-Aignan 1,7M. Les sondages donnent environ les reports suivants en faveur de le Pen : 40% des Fillon (3M), 20% des Mélenchon (eh oui ! 1,4M), et je n’ai pas de chiffres précis pour D-A mais tu vois bien qu’on est déjà dans la zone dangereuse avec les seuls reports Fillon/Mélenchon. D’où l’importance de ne pas contribuer à l’abstention-bulletins blancs/nuls…

        Pour quelles raisons vote-t-on FN ? Eh bien là encore surprise, les raisons économiques et certains choix stratégiques (e.g. mort des centre-villes, enclavement des ruraux notamment par des accès limités à Internet, au réseau routier, aux moyens de transport en général pour mieux favoriser les villes), donc ce qui relève de la responsabilité directe des gouvernements français passés ne viennent qu’après ces trois raisons : terrorisme, immigration, sécurité. On peut bien sûr attribuer au gouvernement des responsabilités dans ces trois secteurs, mais en général notre dénonciation (de la gauche) est diamétralement opposée à celle des électeurs du FN (plus de police violente, plus de prison, plus d’armée etc) ; de plus, en ce qui concerne le terrorisme et l’immigration en France, les responsabilités historiques et internationales pèsent autant sinon plus que les responsabilités franco-françaises actuelles.

        Macron au pouvoir peut-il accentuer ce mouvement vers l’extrême-droite ? Sans doute, mais le vote massif pour Mélenchon a montré que les politiques libérales accentuent maintenant aussi le vote pour la gauche assumée et donc qu’on peut réduire les forces honnies, pour reprendre ton expression, par le combat d’idées, malgré la présence d’un social-libéral au pouvoir et malgré notre contribution à cette accession au pouvoir.

        Interdire le FN ? Mais tout ce que tu dis sur les raisons de don succès, et ce que j’ajoute ici aussi, montrent que le FN n’est qu’un symptôme. Peut-on interdire un symptôme ? Eh bien non bien sûr, il convient de traiter la maladie sous-jacente, par le combat des idées et aussi par des résultats. On n’aura pas l’occasion de tenter nos solutions pour obtenir les deuxièmes, mais au moins pourra-t-on, si le Pen n’est pas élue, continuer le premier.

        Enfin pour répondre à ta dernière remarque sur la responsabilité des électeurs de Hamon dans ce second tour (in cauda venenum ?), je te rappelle que c’est Mélenchon qui a refusé toute discussion sérieuse pour tenter de parvenir à une candidature commune. Qui te dit qu’un accord trouvé en février n’aurait pas amené à un désistement de Hamon le moment venu ? Et en ce qui me concerne, ce n’est pas une question de manque d’anticipation. C’est une question de choix. Je vote pour le candidat le plus proche de mes idées au premier tour. Il se trouve que Mélenchon, pour des questions de programme (sortie de l’Europe, république référendaire, passage en force pour la réduction des inégalités que je défends par ailleurs) et de posture (tribun autocrate un brin démago) est plus éloigné de moi qu’Hamon. C’est quand même pas toi qui va défendre le vote utile !

        Voilà Roland ce que j’ai à te dire sur le sujet. En te souhaitant une bonne lecture,

        Robert

    5
    Lundi 1er Mai 2017 à 18:26

    Cher Robert, on s’apprécie beaucoup, et on sait qu’on a des désaccords, mais qu’on peut se parler et s’écouter, ce qui est un trésor.

    Voici mes réponses à ta réponse :

     

    • « Le Pen a eu 7.6M de voix au premier tour, Fillon 7,2M, Mélenchon 7M, Dupont-Aignan 1,7M. Les sondages donnent environ les reports suivants en faveur de le Pen : 40% des Fillon (3M), 20% des Mélenchon (eh oui ! 1,4M), et je n’ai pas de chiffres précis pour D-A mais tu vois bien qu’on est déjà dans la zone dangereuse avec les seuls reports Fillon/Mélenchon. D’où l’importance de ne pas contribuer à l’abstention-bulletins blancs/nuls… » - Je retiens de cela que 1,3M de votes Mélenchon du premier tour peuvent se reporter sur MLP a second. Très probablement des électeurs transfuges. C’est ça Mélenchon, gagner des voix sur le FN, sans xénophobie, ni sécuritisme, Mélenchon absent, ils retournent au bercail.

     

    • « Pour quelles raisons vote-t-on FN ?: terrorisme, immigration, sécurité. » - relire le programme de Mélenchon.

     

    • « Macron au pouvoir peut-il accentuer ce mouvement vers l’extrême-droite ? Sans doute, mais le vote massif pour Mélenchon a montré que les politiques libérales accentuent maintenant aussi le vote pour la gauche assumée et donc qu’on peut réduire les forces honnies, pour reprendre ton expression, par le combat d’idées, malgré la présence d’un social-libéral au pouvoir et malgré notre contribution à cette accession au pouvoir. » - la chronique de Fréderic Says sur France culture ce matin peut être une réponse https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/et-si-lon-essayait-de-comprendre-le-raisonnement-de-jean-luc-melenchon

     

    • « Interdire le FN ? Mais tout ce que tu dis sur les raisons de son succès, et ce que j’ajoute ici aussi, montrent que le FN n’est qu’un symptôme. Peut-on interdire un symptôme ? Eh bien non bien sûr, il convient de traiter la maladie sous-jacente, par le combat des idées et aussi par des résultats. On n’aura pas l’occasion de tenter nos solutions pour obtenir les deuxièmes, mais au moins pourra-t-on, si le Pen n’est pas élue, continuer le premier. » - Oui mais ! il y a la question de la démocratie ! On choisit d’interdire ou non. Il faut absolument choisir et assumer ce choix ! Le choix de ne pas interdire est sous-tendu théoriquement par tes arguments, mais il faut s’interroger sur les intérêts objectifs de ce choix. En dernier ressort, cela permet notre débat.

     

    • A propos de Hamon et d’un accord possible ; mon ami Thierry, que tu as rencontré sur Troll en septembre dernier, a commenté ce matin l’appel de Plenel dans Médiapart, équivalent à ses propos sur FI. Voici copie de son commentaire (on peut le retrouver avec une recherche « grietick » sur la page https://www.mediapart.fr/journal/france/010517/dire-non-au-desastre/commentaires), auquel je souscris à 100% :

    « Hamon a tout fait pour que la gauche ne soit pas au 2ème tour.

    Episode 1 : Porté par les primaires, Hamon croit qu'il est fort. Il hurle au rassemblement. Mélenchon ne croit pas du tout qu'il est fort. Il pense que le PS va trahir Hamon (raison de son refus de participer à la primaire)

    Episode 2 : Mélenchon envoie un courrier. Avec une condition bien simple à remplir : Renier Valls et El komhry. Hamon refuse et continue à harceler la FI pour un rassemblement

    Episode 3 : ils se voient. Ne se mettent pas d'accord mais signe un pacte de "non-agression" ! Aucun ne doit dire du mal de l'autre pendant la campagne.

    Episode 4 : Valls trahit le PS. Le PS soutient Hamon de l'extrême bout des lèvres. Hamon s'écroule. La FI ne harcèle pas Hamon mais suit son chemin. Très vite, beaucoup de gens souhaitent à nouveau leur rassemblement mais sous l'égide de Mélenchon, puisqu'il est 3 fois plus fort. Hamon refuse, évidemment, et commence aussitôt à rompre le pacte de non-agression. Le PS achève le plan : Empêcher coûte que coûte, au prix de Le Pen, la FI d'être au 2 ème tour. »

    Sinon, tu dis, je réponds :

    - « sortie de l’Europe ? » à cause des traités, qui font perdurer une politique, on ne peut plus la qualifier de droite, d’obédience au capitalisme financiarisé, quel que soit le régime en place, sauf s’il accepte le risque du Xit. Je recommande à ce propos le papier de Ruffin du 26 http://www.fakirpresse.info/lettre-a-mes-elus-pleurnicheurs.

    - « république référendaire ? » tant que ce sera la Ve, les morpions des assemblées défendront leur position ; il faut pouvoir les contourner.

    - « passage en force pour la réduction des inégalités » : les inégalités ne procèdent pas d’erreurs, qu’il conviendrait de corriger. Elles sont la ressource vitale pour tous ceux qui améliorent leur confort au détriment des autres. En haut, les 1% qui possèdent 50% des richesses, en bas, ceux qui se sont laissé embobiner par leur banquier pour un « support » qui leur rapporte 2% net, et bien plus au banquier en passant. Personne n’arrivera à les convaincre par des arguments rationnels.

    - « tribun autocrate un brin démago » : je ne le vois pas du tout comme cela, prouve ce que tu dis.

                   -  « C’est quand même pas toi qui va défendre le vote utile ! »: ce que je reproche à ceux qui ont voté Hamon au premier tour, c’est d’avoir eu les mêmes réticences contre Mélenchon que toi, et ensuite venir nous dire : il faut « glisser » macron dans l’urne.

    - « Et en ce qui me concerne, ce n’est pas une question de manque d’anticipation. C’est une question de choix. Je vote pour le candidat le plus proche de mes idées au premier tour. » : tu as pris le risque de cette situation, je ne l’ai pas pris (par conviction, non par manque de courage, je ne suis pas solidaire, à toi de l’assumer.

     

    C’est effectivement sympa déchanger ici de ce qui nous sépare.

      • Lundi 1er Mai 2017 à 20:02

        A propos du Code du travail. Un casus belli pour de nombreux électeurs de la gauche, qui avaient manifesté en masse contre la loi El Khomri, inspirée par le ministre de l'Economie d'alors, Emmanuel Macron, et finalement imposée à coups de 49-3 :

        Emmanuel Macron a répondu à Jean-Luc Mélenchon, lundi 1er mai, lors de son meeting de La Villette, à Paris. Il a indiqué ne pas renoncer à sa réforme du droit du travail, contrairement à ce que lui avait demandé le candidat de la France insoumise. "J'ai entendu ces derniers jours les appels à changer le programme, à dire 'faites une concession, rassemblez en oubliant la réforme du travail'. Je ne le ferai pas pour deux raisons : les Françaises et les Français se sont exprimés et ont choisi le projet qui porte ces réformes. Je ne vais pas les trahir. Et je veux, demain, pouvoir agir", a déclaré le candidat d'En marche !.

        Considérant toutes les souffrances et désespérances que ce projet implique, comment peut-on accepter de voter pour un criminel en puissance ?

        Avec le front républicain, il va transformer son score de 23% de 80% (ce qu’il appelle « les français se sont exprimés », soit 19%, en majorité.

         

      • Lundi 1er Mai 2017 à 20:44

         

         

        Vote Mélenchon : le populisme ou la gauche ?

        Roger Martelli – Regards - 1er mai 2017

        Le premier tour de l’élection présidentielle a été marqué par le résultat spectaculaire de Jean-Luc Mélenchon. L’analyse de ses zones de forces éclaire les racines et le sens de ce résultat.

        Par ailleurs, Robert, je me permets juste de te rappeler qu’un citoyen est sensé s’exprimer et agir non en fonction de ses intérêts et idéaux particuliers, mais en fonction de son idée du bien commun. Sinon Rousseau, le pourvoyeur de nos valeurs sociales, n’arrêterait de se retourner dans sa tombe. 

    6
    Charles
    Lundi 1er Mai 2017 à 22:34

    salut Roland, 

    content de lire cet echange, et aussi de te dire que je me sens bcp plus proche de la position de Robert, que de la tienne...

    J'ai aussi entendu E Plenel ce matin, il dit en peu de mots ce que je ressens, ce que nous ressentons...ce que tu ne peux pas ressentir car tu es loin...

    L'ambiance a changé dans notre doux pays, et Marine fait rêver les gens...Elisa et moi sillonnons la France depuis un an, des campagnes désertifiées, des villes mortes, des petites gens désespérées..., qui n'ont que Marine à la bouche. J'ai voté Melenchon au premier tour, n'ai pas d'illusion sur Macron, mais dimanche je voterai pour lui des 2 mains et sans me boucher le nez!Toute autre attitude est un marche pied aux fascistes, toute autre attitude est criminelle...

    Et je m'en fous de paraitre un con, je sais que , par rapport à mon père, ce qu'il m'a appris dans la vie, y a des choses à ne pas transgresser. On a déjà souvent gueulé, "le fascisme ne passera pas", et bien dimanche,c'est des travaux pratiques,  y a un bulletin à mettre ds l'urne et un seul, ft pas se gourrer!

    Charles

      • Mardi 2 Mai 2017 à 07:44

        Salut Charles, je compatis avec ton émotion, mais parler d’attitude criminelle à propos de victimes acculées, qui se débattent maladroitement, entravés qu’elles sont, je trouve ça un peu fort.

        La désespérance dont tu parles, a été accentuée depuis 5 ans, depuis que, dans ce bistrot de Martigues, nous pointions ce risque, avec Jacques et Tinou, alors qu’on discutait de façon vive s’il fallait voter Hollande ou Mélenchon au premier tour. Alors continuer à alimenter ce risque, tout en connaissant les effets ? continuer à repousser l’échéance de la confrontation jusqu’à ce que la bête ait tellement enflé qu’elle nous avalera tout cru sans même attendre une élection ? Hollande aura été la pire des maladies que nous ayons choppée depuis Pétain.

        Tu as eu un père, moi également, on a eu de la chance, et c’est clair que ça nous détermine quelque peu. Je viens de passer deux semaines en sa compagnie, en retrouvant ses gestes d’artisan tailleur, en rénovant toute la sellerie de Fulmar. Quand enfant je l’observais travailler, il travaillait à domicile, il me parlait, me racontait sa vie et m’instruisait sur les principes de la classe à laquelle nous appartenions.

        Alors, quand mon père eut 77 ans, avant les régionales de 92, où le FN récolta en Alsace 19% des suffrages, il me demanda « qu’est-ce que tu penses de le Pen ? », je l’ai grondé, comme il me grondait quand j’étais enfant, quand je disais une incongruité, je lui ai rappelé la discipline familiale, je lui ai rappelé d’une voix assez forte qu’on votait au premier tour communiste et au second pour celui qui était de gauche, et s’il n’y avait personne de gauche, on votait nul (pas question de s’abstenir) et qu’on ne se posait jamais d’autres questions. Pas de morale, une discipline. C’est lui qui m’avait appris ça, il ne pouvait pas se dédire. J’applique encore cette discipline, et je la transmets.

        Si le FN n’est pas interdit, c’est le cas, et que le peuple le veut, il l’aura, cette fois ou la suivante. Il faut donc se préparer à résister pour de vrai, et pas juste s’indigner.

        Et à l’issue de cette confrontation, il s’agirait de reconquérir nos droits compromis, jamais concédés, mais arrachés par des luttes depuis 169 ans ; droits à être considérés comme êtres humains même si on n’est pas du côté du manche.

        Bien sûr, ce n’est pas possible dans le contexte économique actuel. La crise que nous vivons là n’est pas un épisode surmontable. C’est la convulsion finale de ce qui reste de possibilité de peuple, avant l’atomisation définitive. Les tenants du capitalisme financiarisé savent que tout se joue maintenant, ils n‘accepteront aucun compromis, ils seront impitoyables. Alors, il faudra changer également le contexte. Il n’y a pas d’échappatoire, pas de solution plus douce, plus confortable. Et nos enfants…

        Quand ça se sera un peu calmé, il faudra se coller encore une fois à l’éducation populaire, afin de réinjecter du fond dans la politique.

        Les salauds, comme ils nous ont eus, comme ils ont bousillé ce que nos parents avaient mis tant de temps et d’ardeur à construire. C’est eux les criminels !

        Je suis certes loin, mais pas sur une île du Pacifique, je suis avec un peuple à genoux, qui tressaille dans l’attente de l’aube dorée, et qui chante encore, pourtant.

    7
    Robert
    Mardi 2 Mai 2017 à 12:14

    Salut Roland et Charles, que je ne crois pas connaître, mais dont j'ai beaucoup apprécié l'intervention, évidemment.

    Roland, à propos de Grèce à genoux, voici un lien vers la prise de position de Varoufakis :

    http://lelab.europe1.fr/le-mouvement-pan-europeen-de-yanis-varoufakis-appelle-a-voter-pour-emmanuel-macron-3315158.

    Quelques extraits commentés de tes dernières interventions.

    "Considérant toutes les souffrances et désespérances que ce projet implique, comment peut-on accepter de voter pour un criminel en puissance ?" Voir ce que dit Varoufakis à ce sujet en substance : Je mets un bulletin Macron dans l'urne dimanche, et lundi je suis à Nuit Debout pour lutter contre d'éventuelles lois scélérates. Et je te rappelle que, en ce qui me concerne, je ne vote pas pour Macron, et que je compte bien le lui faire savoir... voir dans un de mes précédents courriers le sens du vote Macron.

    Tu parles d'outrance (plus précisément, tu dis, en l’occurrence à Charles : "mais parler d’attitude criminelle à propos de victimes acculées... je trouve ça un peu fort." ce qui est sémantiquement proche d'outrance, je te connais et j'anticipe...) et tu rapproches Hollande et Pétain ! Pétain sur la tombe duquel les caciques du FN déposent des gerbes... Roland, je t'ai connu maître de la distance entre les faits bruts et les émotions. J'ai le souvenir d'un monologue de Francis, chez toi à Cronenbourg, qui dénonçait les rapports de domination nord-sud. Et tu as répondu : "Ne te conduis pas avec nous comme tu dis que les gens du nord sont avec les gens du sud."...

    "Continuer à repousser l’échéance de la confrontation jusqu’à ce que la bête ait tellement enflé qu’elle nous avalera tout cru sans même attendre une élection ?" Mais de quelle confrontation parles-tu ? La confrontation, on y est. Si elle passe, la bête nous avalera tout cru tout de suite ; alors que si elle ne passe pas, la gauche assumée aura au moins les moyens de pousser son avancée, comme FI vient de le prouver, malgré Hollande, malgré Macron !

    Macron ne fera jamais 80% des exprimés comme tu le laisses entendre. Aujourd'hui, on est plutôt à 60/40, mais avec de fortes turbulences toujours enregistrées sur les reports de voix en provenance de Fillon et de Mélenchon. Les communistes allemands, lors des législatives de 1930, ont aussi refusé de choisir entre les sociaux-démocrates et Hitler. On connaît la suite.

    On a tous la migraine Roland, faut-il se tirer une balle dans la tête pour autant ?

      • Mardi 2 Mai 2017 à 17:57

        Robert, point par point :

        * Le mouvement pan-européen de Yanis Varoufakis appelle à voter pour Emmanuel Macron : normal, ils sont copains.

        * Le sens du vote Macron : j’ai compris et je respecte ton choix.

        * Outrance, maitrise de la distance entre les faits bruts et les émotions, Hollande et Pétain, et mémoire de Robert : je sais que deux ou trois choses ont déclenché chez moi, ces dernières années, un changement de posture, qui m’amène à relativiser la distanciation, et principalement le traitement de l’affaire grecque par la troïka, l’Eurogroupe et le Conseil européen, vu d’ici.

        Avec deux éclairages : la lecture de La Grèce fantôme de Panagiotis Grigoriou, puis le suivi de son site internet http://www.greekcrisis.fr/ et la lecture d’un petit bouquin, que Marie-Françoise m’avait offert, Faut-il faire sauter Bruxelles, de François Ruffin, dont j’ai rendu compte ici en août 2015, article qui redevient d’ailleurs d’actualité pour les temps qui viennent : http://fulmar.eklablog.fr/en-grece-et-en-europe-recompositions-fronts-et-nouvelles-alliances-a118576206 .

        Tout ça complété quotidiennement par une revue de presse de une à deux heures sur les sujets politiques qui concernent la Grèce et l’Europe.

        On peut y ajouter la lecture des trois tome de l’Histoire de la Grèce et des Balkans, de Olivier Delorme.

        Et la lecture de l’intégralité disponible des discours de Robespierre et des écrits de Saint-Just à la lumière de l’œuvre de Rousseau.

        Et chanter des chants grecs, entre autres de Theodorakis…

        Tu conviendras que tout cela n’est pas propice à la distanciation. Mais je ne le regrette pas. J’ai profondément changé, Hugo me l’a souvent fait remarquer.

        * La bête immonde, le risque de voir passer le Pen dimanche, 80% ou 60% ou sinistrement moins, les communistes allemands en 1930 et Se tirer une balle dans la tête : il n’y aura pas Le Pen dimanche, et je ne suis pas un parti. Mais ce n’est pas de la légèreté : je pense que le « sale boulot » dont tu parlais au début de ce fil, accepter de le faire ou non, c’est l’affaire de chacun. Je l’ai fait en 2002 et me suis juré que jamais je ne le referai. Je ne suis pas aussi certain que toi de la possibilité de cloisonner sa conscience.

    8
    Robert
    Mardi 2 Mai 2017 à 18:34

    OK Roland, j'ai pris conscience de ton changement depuis quelques temps, particulièrement cet été lors de notre croisière sur Fulmar où certaines de tes positions m'ont désarçonné et me poursuivent toujours. Je comprends parfaitement ce que tu me dis, notamment en ce qui concerne la Grèce avec laquelle la Troïka et consort ont été odieux. Les amis grecs avec qui je discute y ajoutent souvent une dose d'autocritique, variable selon les individus. Je sais aussi à quel altitude la finance pousse la déshumanisation. Je respecte tes lectures. J'ai aussi lu le bouquin de Ruffin. Je ne suis pas certain du tout de pouvoir cloisonner la (ma) conscience. D'ailleurs je ne pense pas la cloisonner. Les choix que j'ai exposés au cours de ce fil ont été faits en mode conscience, je dirais documentée, donc ouverte : j'ai aussi lu, notamment Piketty et Stiglitz, en ce qui concerne l'euro ; pas Sapir qui a accepté de  participer à l'école d'été du FN 2016, ce qui, à mes yeux, le discrédite définitivement.

    Mon analyse doit converger sur des points importants avec la tienne et nos conclusions diffèrent.

    Bon, on s'aime toujours, non ?

    9
    Mardi 2 Mai 2017 à 20:26
    10
    Leroy
    Mercredi 3 Mai 2017 à 19:18

    Bonjour,

    Cela fait un moment que je ne suis pas venue sur le blog mais voilà les élections présidentielles 2017 poussent à la lecture.

    Je tiens donc à signaler le dernier Texte de Frédéric Lordon :

    http://blog.mondediplo.net/2017-05-03-De-la-prise-d-otages

    Au passage je vous souhaite de bonnes navigations en Grèce.

    Amicalement.

    Marie Leroy

     

      • Mercredi 3 Mai 2017 à 20:19

        merci Marie pour cette indication qui conclue formidablement ce fil. Je souscris à 100% à ce que dit Lordon, et je reproduis immédiatement in-extenso cet article dans le blog de Fulmar : de-la-prise-d-otages



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